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JATAKAS : Le Bouddha, les champions et le gros rocher

Il y’avait dans la région de Kusha, une ville du nom de Joyeuse qui était un lieu de rassemblement pour de nombreux athlètes parmi les meilleurs. Le Bouddha ayant annoncé son intention de se rendre à Joyeuse, les champions de Kusha se réjouirent. Durant le mois précédent son arrivée, ils nettoyèrent la route menant au village. Ayant arraché herbes folles et plantes sauvages, enlevé pierraille et cailloux, balayé la poussière, ils répandirent sur le sol une eau parfumée au santal.

Près du centre du village se dressait un énorme rocher, profondément ancré en terre. A l’aide de marteaux, de bêches, de pieux et de cordes, les champions tentèrent par tous les moyens de fendre le bloc pour l’enlever. Au bout d’un mois de travail acharné, ils n’en avaient pas même entamé un millième. Quand le Bouddha arriva, il les trouva épuisés, à bout de courage.« Qu’avez-vous? » leur demanda-t-il:

Ayant entendu l'histoire, il dit:

« Il était stupide d’imaginer une entreprise aussi stérile, difficiles et épuisante, et de la commencer sans pouvoir la finir. Maintenant, bien sûr, le doute vous torture. Même si vous aviez réussi, à quoi cela aurait-il servi? »

Il saisit le rocher entre deux orteils, puis le fit sauter d’une main sur l’autre. Il souffla dessus, et le roc se désintégra en poussière.

On entendit alors gronder dans le grand univers un vent puissant d’où sortait l’enseignement suivant, très distinctement audible par chacun:

« Toute chose est transitoire, telle est sa nature. Ne vous y trompez pas, rien en ce monde ne possède réellement de substance. La paix au delà de toute souffrance est la seule chose stable. »

Le Bouddha rassembla ensuite toutes les particules de poussière du rocher, en fit une haute montagne et s’assit dessus.

Les champions bouleversés de foi, s’exclamèrent d’une seule voix:

« Bienheureux! Quelle merveille! Même chez les dieux on ne trouve pas cette puissance, ces capacités miraculeuses, cette incitation à l’effort juste. Personne ne peut mesurer la force, l’énergie et la sagesse qui sont en vous. »

Ils se prosternèrent devant le Bouddha et restèrent là, à le fixer sans cligner des yeux, absorbés dans la contemplation de son visage.

« Même si l’on additionnait la force de tous les dieux, nagas et esprits élémentaux des trois mondes, dit le bienheureux, jamais elle n’égalerait celle d’un bouddha. Je peux compter le nombre de particules de l’univers, mais non mesurer la force d’un bouddha. Je peux réduire le mont Meru en petits cailloux et le peser, mais le résultat ainsi trouvé n’approchera jamais le poids des qualités d’un seul bouddha »

Il rassembla le rocher dans sa main et, d’un chiquenaude, l’envoya dans le royaume d’Indra, au plus haut des cieux.

Chacun des champions parvint au niveau qui correspondait à ses capacités: les uns engendrèrent l’esprit d’Eveil parfait, pour les autres, ils atteignirent le niveau d’auditeur, ou de bouddha-par-soi, ou bien le niveau de ceux qui sont entré dans le courant, ou encore de ceux qui ne reviendront qu’un fois, ou, enfin, de ceux qui ne reviendront plus du tout. Certrains devinrent des arhats.

C’est ainsi qui le Bouddha aidait les êtres: il donnait des enseignements adaptés aux qualités de chacun.

L’histoire du Gros Rocher est la seizième feuille de la Liane magique qui exauce tous les souhaits.

*Livre : La Liane Magique (Les Hauts Faits du Bodhisattva) aux Editions Padmakara.

 

Préface: 

Quand le Bouddha transmit les Jatakas ou « contes des vies antérieures », il est peu probable que son intention ait été de composer un récit à caractère historique. En tout cas, ce n’est pas pour leur valeur d’archive que ces contes furent consignés par écrit et transmis pendant tant de siècles ; et quand nous les lisons aujourd’hui au XXIème siècle, ce n’est pas non plus en vue d’y rechercher des informations exactes sur des évènement et des faits avérés.

 

Si nous sommes amenés à lire, relire et méditer ces récits si nous acceptons que tout à la fois ils nous touchent, nous dérangent et nous émerveillent, c’est sans doute qu’en nos cœurs nous savons que le Bouddha nous les a transmis pour de tout autres raisons.

 

En effet, les Jatakas dépeignent comment les boddhisatvas au cours de longues séries d’existences viennent au monde sous toutes sortes de formes : animal, femme, homme, roi, pauvre, méchant ou saint. Tantôt piteux antihéros, tantôt personnage majestueux, le boddhisatva est avant tout un être qui suit un processus, un long cheminement.

 

(...) le but premier de ces histoires est de montrer que l’Eveil est possible ; il le fut au temps du Bouddha, il le reste aujourd’hui.